Autodidacte, Ariane remonte à la source d'une tradition où l'écriture, le dessin   et   "les    lignes    qui    se    courbent "    s'allient.    L'orientalisme    lui    va indéniablement! De par ses formations et pratiques professionnelles des arts du corps et de l'esprit, de l’ikebana au shiatsu, à la thérapie initiatique qu’elle nomme Arcorame, Ariane a emmagasiné des métaphores, qu'elle redistribué dans ses peintures, dans ses travaux.

 

Dans son œuvre les éléments ne sont pas aussi clairement dissociés que dans les textes originaux.  Ils ne le sont même pas du tout, mais il suffit de contempler une peinture pour comprendre que certains signes tracés, certains tourbillons de couleur, pourraient contenir les caractéristiques des éléments, que ceci ont des valeurs d'humeur, que leurs énergies s'accordent aux saisons, s'associent aux tempéraments, s'affilient  aux couleurs. Ariane précise que pour elle la peinture comporte toujours le ciel et la terre, est ce qui est entre. Cela ressemblerait donc a des paysages mais il n'y en a pas. Une série cependant est identifié, est tout à fait identifiable comme des Montagnes.

 

Lorsque l'attention se porte sur l'œuvre, celle-ci livre des énigmes joyeuses, subites et changeantes, cela dépend de qui les lira, quand... Les œuvres interpellent le regard et égayent l'esprit. C'est une rencontre qui peut rendre très bavard-e, où les visions et les narrations ne cessent de se renouveler, de s'augmenter... D'autre part, il y a cette série que Ariane range dans la catégorie de l'épure obtenue à force de répétition. L'œuvre ne comporte alors qu'un seul signe, au maximum quelques traits, en équilibre dans l'espace. Epure qui nous pénètre, et nous renforce aussi.

 


 

 

 

Ces peintures sont des dessins, leurs supports étant  tous émoulus de la famille des papiers… Non pas toujours de ces nobles feuilles à base de riz… Ici  légers, blanchâtres et souples les supports détiennent des caractéristiques synthétiques des nouvelles générations : fibre de verre, nappe de viscose aux réactions absorbantes, différentes, avec lesquels Ariane expérimente la précision ou l'improvisation de ses graphies.  Ce sont des supports dans lesquelles elle taille des formats à sa guise.

 

La peinture à l'eau est pratiquée au pinceau, les deux mains ensemble, ou de préférence par la main opposée à celle du conditionnement fonctionnel… À la recherche de surprises, de différences, la peintre se connecte d'emblée avec elles. Révélation de l'autre partie du cerveau  de l'autre partie du savoir. La zone moins exprimée du corps est mise au travail,  et le résultat percute cet espace chez les  spectatrices  et spectateurs.... On  entre dans un autre temps, celui des explorations ludiques ou des précisions pour le moins illuminantes qui  permettent de recréer tout un parcours /itinéraire dans son intérieur à soi.

 

L'eau transporte les couleurs, du noir au rouge. Ah, les couleurs, bien sûr que plus d'une est  emblématique. Mises à part celle qui résistent… encore… auquelles l'artiste doit continuer de s'affronter, parce qu'ils sont attirantes, et qu'elles  donnent envie mais qu'elles sont si difficiles à conjuguer. Parmi les bien-aimées, irrésistibles et faciles à allier, il y a ce bleu presque turquoise… Une autre série  s'est enrichie de la combinaison des jaunes et roses. Jardins fleuris, printemps, tendresses, lumière solaire, sans mystère, pleine de joie.

 

Quant à  l'eau c'est l'élément parfait dans ces multiples déterritorialisations. Elle est la première à ne pas se prêter au contrôle, elle glisse, inonde, forme et déforme.. Elle crée une densité entre la profondeur des couches de couleur et la surface qu'elle trouble un peu et sur laquelle s'accroche un reflet, une lumière. Tout finit par se placer et même sécher, mais la peinture semble encore bouger, vibrer encore, autant sous l'effet  des couleurs que par celui des formes propulsées. Ces  formes générées par le plaisir de la cadence. Parfois des semis constellent la feuille et parfois des écritures ont surgit. Ses écritures, je crois bien qu'elles viennent de très loin, car elles ne sont ni reliées aux sons,  ni aux sens des choses, mais à une atmosphère. Étrangeté de l'organique- mécanique du moment de la création, qui met en joie et invite à plus...

 

Veronique Danneels, Historienne de l’Art