C’est du tout petit, ce que je fais. C’est de l’ordre du minuscule, de l’infinitésimal.

À la question : que faites-vous dans la vie, voilà ce que j’aimerais répondre,

voilà ce que je n’ose pas répondre : je fais du tout petit, je témoigne pour un brin d’herbe. Le monde tel qu’il va, mal, je le connais et je le subis comme vous, un peu moins que vous, peut-être : dessous un brin d’herbe, on est protégé de beaucoup de choses.

 

Ces choses, je ne les ignore pas. Mais ce n’est pas d’elles que je veux parler, ce n’est pas ma place, ce n’est pas la place où le hasard m’a mis. Le désastre, je le vois. Comment ne pas le voir ? le désastre a déjà eu lieu lorsque je commence à créer. Je prends des notes sur ce qui a résisté et c’est forcément du tout petit, et c’est incomparablement grand, puisque cela a résisté, puisque l’éclat du jour, un mot d’enfant ou un brin d’herbe ont triomphé du pire. Je parle au nom de ces choses toutes petites J’essaie de les entendre. Je ne rêve pas d’un monde pacifié. Un tel monde serait mort. J’aime la lutte et l’affrontement comme j’aime la vie, du même amour. 

 

Je ne cherche pas la paix mais la joie, et je crois que pour cela il vaut mieux chercher sans méthode, et de préférence du côté de la vie ordinaire, minuscule..... 

 

Christian Bobin